Couverture de Les Miroirs de l’Infini

Fantastique initiatique · Extrait offert

Les Miroirs de l’Infini

Alain Boulot

Un miroir ancien, un autre monde et une enfant face à une version inconnue d’elle-même.

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Prologue

La promesse des reflets

Les vieux escaliers menant au grenier craquent sous le poids léger de Marguerite, comme s'ils murmuraient un avertissement à chaque pas. À huit ans, elle est une enfant débordante de curiosité, avec une soif insatiable de tout ce qui semble caché ou interdit. Le grenier de la maison familiale a toujours été pour elle un territoire mystérieux, un lieu plein de trésors oubliés et de souvenirs abandonnés. Ses parents lui ont formellement interdit de monter là-haut, évoquant des risques de plancher fragile. Pourtant, Marguerite sait qu'il y a une autre raison, plus intime, à cette interdiction : c’est un lieu empli de secrets anciens, un endroit où les frontières entre le réel et l'imaginaire semblent s'estomper. Enfant unique, Marguerite a souvent l'impression de n'avoir que peu d'espace pour exprimer sa curiosité. Ses parents sont stricts, toujours prompts à critiquer ses rêveries et à lui rappeler l'importance des bonnes manières et du travail scolaire. La maison est un lieu où les règles priment sur l'imagination, où chaque jour suit une routine rigide et bien établie. Toute forme de fantaisie est vue d'un mauvais œil et les moments de jeu sont rares et limités. Le grenier est devenu, pour elle, un espace de liberté, l'endroit interdit où tous les rêves et les mystères se cachent. Elle aime imaginer que chaque coffre poussiéreux est rempli de trésors, que chaque drap recouvre un objet magique. C’est là que, parfois, elle s'échappe, dans sa tête, pour échapper aux attentes qui pèsent sur elle.

Aujourd'hui, poussée par l'ennui d'une après-midi pluvieuse et par un besoin profond de découvrir quelque chose d'extraordinaire, Marguerite décide finalement de braver les avertissements. La porte du grenier s'ouvre en grinçant, dévoilant un espace plongé dans une pénombre ouatée, où chaque meuble abandonné veille sur des histoires oubliées. De la poussière flotte dans les rayons de lumière obliques qui percent à travers les lucarnes. L'air sent un mélange de bois ancien, de cuir craquelé, et une odeur douce-amère que Marguerite n'arrive pas à définir, mais qui évoque le passé. Elle se faufile entre les malles et les meubles recouverts de draps blancs, comme des fantômes paisibles endormis dans l'attente d'être réveillés. Plus elle s'enfonce dans le grenier, plus elle a l'impression de pénétrer un autre monde, un lieu hors du temps. Son cœur bat plus vite, une part d'elle sent qu'elle transgresse quelque chose d'important. Finalement, elle aperçoit un objet qui attire immédiatement son attention : un miroir immense, dont le cadre semble presque organique, sculpté de motifs floraux qui se tordent et s'enlacent, comme si les branches avaient continué de pousser après que l'artisan les eut figées dans le bois.