Couverture de La Maison sans visages

Thriller gothique · Extrait offert

La Maison sans visages

Alain Boulot

Une demeure inquiétante, un mari disparu et des secrets que la famille aurait préféré conserver.

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Chapitre 1

Les vestiges d’un destin

La nuit enveloppe ma demeure dans une obscurité feutrée, laissant les contours du parc s’effacer sous les étoiles. Le souffle d’une brise discrète fait bruisser les feuillages, apportant avec elle une odeur de terre humide et de feuilles en décomposition. Au loin, le hululement d’une chouette évoque une présence invisible, ajoutant une note de mystère à ce tableau nocturne. Les imposantes grilles qui bordent ma propriété de l’Ouest lyonnais me protègent du monde extérieur, mais elles ne peuvent m’éloigner de mes propres pensées. Ce soir encore, elles affluent, insaisissables et persistantes. Un bruit inattendu vient perturber ce flot de pensées : un léger craquement dans le couloir, suivi d’un souffle d’air, comme si une porte venait de s’entrouvrir quelque part dans la maison. Mon cœur rate un battement, et mes paumes deviennent moites. Une chaleur sourde monte à mes tempes tandis que je me fige, chaque muscle tendu, prêt à capter le moindre son. Mon souffle se suspend, laissant l’air de la pièce devenir oppressant. Mon cœur s’accélère. Je me lève lentement, laissant mon verre sur la table. Chaque pas que je fais en direction de la porte semble résonner plus fort. Le couloir est plongé dans l’ombre, éclairé uniquement par la lueur tremblante de l’âtre. Rien. Aucune trace de mouvement. Était-ce le vent, un animal ou quelque chose de plus inquiétant ? Je retourne à la bibliothèque, mais l’inquiétude persiste, comme une présence invisible.

Je suis dans ma bibliothèque, cet écrin intime que j’ai façonné au fil des années. Les murs sont presque invisibles derrière les étagères débordant de volumes anciens, de souvenirs emprisonnés dans des pages jaunies. Une lumière tamisée projette des ombres mouvantes sur les reliures tandis que le vin rouge dans mon verre capte les reflets tremblotants des flammes dans l’âtre. L’odeur subtile du vieux cuir et du bois ciré flotte dans l’air, mêlée à une touche métallique, comme si cette pièce conservait le poids de mes pensées. Jean-Baptiste aimait cet endroit. "Ici, nous aurons tout le temps de vieillir ensemble", disait-il, rêvant d’un refuge paisible où laisser libre cours à nos passions. Cette maison portait l’empreinte de ses rêves, témoins silencieux d’une vie précieuse mais inachevée. Puis, mon regard tombe sur un magazine abandonné, un exemplaire jauni du "Lyon Mystères", daté de juin 1995, interrompant brusquement le flot de mes pensées. Une transition étrange s’opère lorsque mes yeux s'arrêtent sur un titre en gras, presque effacé par le temps : « Une famille disparaît dans des circonstances troublantes : l’énigme de la Maison sans visages. » Le papier, légèrement froissé, porte des traces de doigts, comme si quelqu’un l’avait lu avec insistance, ou peut-être dans l’urgence. Ce simple titre semble tisser un lien invisible entre les souvenirs de Jean-Baptiste et l’étrange écho qu’il réveille en moi. Le contraste entre mes souvenirs et ce mystère me déstabilise. Parfois, je me demande si Jean-Baptiste en savait plus qu’il ne laissait paraître. Ce titre me ramène à une soirée tardive où, pour une rare fois, il avait mentionné cette maison avec un sérieux inhabituel. « Un lieu étrange, chargé d’histoires, » avait-il dit en fixant les flammes dansantes de l’âtre. Il avait évoqué une soirée où il avait accompagné un collègue pour une vente aux enchères dans cette maison. La scène était gravée dans sa mémoire : une grande salle sombre, illuminée par des lustres de cristal qui semblaient défier l’obscurité environnante. Jean-Baptiste m’avait décrit les murs ornés de tableaux anciens, dont certains avaient un regard si perçant qu’il avait eu l’impression qu’ils le suivaient des yeux. "L’atmosphère y était lourde, presque oppressante", avait-il ajouté. Il s’était attardé sur un moment précis : un homme vêtu d’un costume sobre mais impeccable, tenant un carnet noir dans lequel il notait chaque enchère. Cet homme, Jean-Baptiste me l’avait confié, lui avait semblé étrange, presque hors du temps. Il avait même remarqué un détail troublant : une marque en forme de losange gravée discrètement sur le coin d’un meuble en vente. "C’est comme si tout, là-bas, portait une signification que je ne pouvais pas comprendre," avait-il murmuré, sans en dire davantage. Avait-il voulu m’en protéger, comme il l’avait souvent fait ? Cette maison semble retenir des échos, des murmures d’histoires non racontées, comme si elle savait des choses que je ne comprenais pas encore.